Je ne sais pas vraiment par où commencer. Avant tout, avant de t'annoncer la moindre chose, je me maudis d'être aussi lâche et aussi égoïste pour te faire passer le message via un morceau de papier, un vulgaire morceau de papier qui va sûrement mettre fin à toutes les années que nous avons passées ensemble. Je n'ai jamais été comme toi Andy, je n'ai jamais été aussi courageux que tu ne l'es...
Nous nous connaissons maintenant depuis 3 ans. Notre première rencontre remonte à mon premier jour de lycée, tu te souviens ? On avait alors 15 ans. Je n'étais pas nouveau car j'ai toujours habité ici, à Bolton. Ce jour là, j'étais avec des amis à moi, en train de rire au fond de la classe. C'est quand je t'ai vu, assise au premier rang, le premier jour de ma vie de lycéen, que j'ai su que tu étais celle qui changerais tout, celle qui mettrait fin à cette routine qui était venue s'installer dans ma vie. Alors, de fil en aiguille nous avons fait connaissance jusqu'à en devenir inséparables. J'ai alors appris beaucoup sur toi. A la mort de ton père, ta mère ne voulait plus rester dans votre maison et ressasser les souvenirs. Alors vous êtes parties toutes les deux pour Bolton. Tu as du quitter tes amies, ce que t'avais construit pendant 15 années, 15 longues années...Et tu ne peux pas savoir à quel point j'ai toujours essayé d'être là pour toi quand il fallait Andy. Notre histoire a vraiment commencé un 6 Octobre, le jour ou nous nous sommes embrassés pour la première fois ! C'est vrai qu'on a toujours été bien ensemble. Alors, tout s'est enchaîné, nous passions des jours merveilleux et je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu m'as apporté. Tu as chamboulé ma vie, plus qu'aucune autre personne n'aurait pu le faire en un temps si court ! C'est vrai qu'on est jeunes, mais je ne t'ai jamais menti sur mes sentiments...
J'ai commis un acte qui prouve que je ne serai jamais à la hauteur de l'amour que tu portes pour moi. Depuis nos 15 ans nous avons toujours été ensemble, je t'aime depuis ce jour et je ne cesserai jamais de t'aimer. Tu m'as tellement prouvé à quel point tu tiens à moi que te dire ce qui va suivre me fait d'autant plus mal... J'ai pris une décision. Vraiment à regret. J'espère que tu ne m'en voudras pas trop et que tu me pardonneras un jour...Je l'espère vraiment du fond du c½ur.
Tu sais que mon grand rêve, mon ambition est de devenir musicien. De faire carrière dans un groupe, d'être reconnu et brûler les planches. Toi tu veux devenir journaliste, faire carrière dans un grand magazine, que les gens reconnaissent ton talent (et tu en as tellement Andy !). Quand j'y repense, notre plus grand point commun est notre ambition. Si je regarde en arrière, nous avons toujours été là l'un pour l'autre. J'ai été là pour t'aider à surmonter la mort de ton père, et tu étais là dans tout ce que j'ai tenté pour faire carrière. Seulement mon but me semble plus difficile à atteindre que le tien. C'est pour cela que, tu me l'avais dit toi-même, je dois "profiter de toutes les opportunités qui s'offrent à moi, même si cela peut remettre un jour ma vie en cause".
Andy, j'espérais ne jamais avoir à t'annoncer une nouvelle de la sorte, encore moins à travers une feuille de papier et un pitoyable stylo. Une audition a eu lieu pour former un groupe, et j'ai été sélectionné. C'est un mec qui à 18 ans comme moi et qui s'appelle Tom. Il a des contacts avec une maison de disques car il a déjà essayé de rentrer dans un groupe. Il n'a pas été pris mais la maison de disques a tellement aimé ce qu'il fait qu'ils ont gardé contact. On s'est déjà rencontrés et ses compos sont vraiment bien, c'est un mec génial ! Il m'a demandé de le rejoindre pour commencer à chercher les autres membres de notre « groupe » car il a déjà repéré 2 mecs apparemment géniaux : Douglas et Harrold... Je ne peux pas passer outre...cela m'est purement et simplement impossible.
Seulement Tom habite à Londres. Ce qui signifie que si je veux réaliser mon rêve, il me faut partir. Tu me connais comme si tu m'avais fait (une de tes nombreuses expressions d'intello), et tu sais que je suis trop attaché à Bolton, à mes amis, à ma famille et surtout, surtout à toi. Que ce soit le Starbucks du coin de la rue dans lequel nous nous sommes réfugiés le jour ou il pleuvait à torrent et que nous avions décidé d'aller nous promener, les écureuils de notre parc, le cinéma (lieu de notre premier rendez-vous) ...quitter mon univers me demande un effort surhumain. C'est pourquoi j'ai voulu couper les ponts au plus vite, en ne disant rien à personne pour éviter les effusions, les pleurs, les larmes, tout ce que je déteste. Ma famille est au courant et Dieu sais à qu'elle point elle voulait que je te mette au courant aussi, ma mère t'apprécie tellement, tu es celle qui rend heureux son fils, vous vous êtes toujours bien entendues. Tu es donc, à ce moment même, l'une des seules à savoir que je vais habiter à Londres. Et je te confie la lourde tâche d'annoncer la nouvelle à tout le monde, à tous nos amis.
Tu dois me détester à l'heure qu'il est, me mépriser, tu as peut-être même déjà déchiré cette lettre. Sache que moi Andy, je t'aime plus que tout et j'ai vraiment le c½ur brisé à l'idée de ne pas te voir pendant longtemps, de ne peut-être même plus jamais te voir. Je préfère vraiment couper tout lien, pour surmonter cette épreuve le mieux possible, pour essayer de me persuader que ce que je suis en train de faire est la bonne décision. Je suis parti sans t'en parler avant car je sais que si tu avais été là, devant moi, je n'aurais jamais pu partir. Cela aurait été trop dur de te faire souffrir. J'espère vraiment que tu comprendras. C'est la décision la plus horrible que j'ai eue à prendre dans ma vie. Quand tu rentreras, tu trouveras cette lettre, et moi, moi je serais déjà parti. J'aurais tellement aimé que tu viennes avec moi, mais je ne pourrais jamais te demander de choisir entre ton avenir et moi, ce serait trop égoïste...Je souffrirais d'autant plus de ta réponse car je sais à quel point ton ambition de devenir journaliste est grande. Tu peux me haïr, car à ce moment précis, je me haïs moi-même.
Mais je t'en supplie...Ne m'oublie pas tout de suite car moi je ne t'oublierais jamais.
Je t'aime Andy. Pardonne-moi.
Danny
La lettre tomba de ses mains tremblantes. Elle ne prenait pas conscience de ce qu'il lui arrivait. Dan', Danny ne pouvait pas être parti. Pas sans elle. Il avait toujours été là pour elle, l'abandonner et partir comme ça, partir pour Londres, si loin...
Mais il l'avait abandonnée. Il était bel et bien parti.
Ses jambes ne la portaient plus, ses yeux s'embuèrent. Elle commença à trembler.
« Andy ? Qu'est ce qui t'arrive ? »
Andy regarda son amie sans vraiment la voir. Lisa faisait pratiquement partie de son environnement quotidien, mais là elle ne pensait qu'à une seule chose.
Ou plutôt à une seule personne.
- Andy. T'es toute blanche...Assieds-toi. J'vais te chercher à boire.
- Liz'...C'est pas la peine. J'irai mieux demain.
Elle éclata en sanglots.
